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L’interview: Emilie Muller, photographe

Pour la seconde parution de notre rubrique “L’interview”, nous avons le plaisir de recevoir Emilie Muller, photographe de son état (photo ci-dessus). Originaire du canton de Vaud, en Suisse, Emilie a suivi les cours de la prestigieuse école d’art de Lausanne, l’ECAL. Malgré la réputation d’exigence de cette institution, elle en sortira avec une note de 6 sur 6 pour son travail de diplôme. Depuis, Emilie a vécu à Londres, où de la photo d’art elle a évolué vers la mode. De retour en Suisse, elle connaît un succès grandissant en shootant notamment pour des marques telles que Maysaa, Diesel ou encore Mint Siren. Entre temps, elle s’est découvert un oeil certain pour le talent-scout, et contribue à lancer de jeunes modèles. Il est temps pour JSBG de faire le point avec Emilie Muller.

JSBG – Du plus loin que tu t’en souviennes, quel a été ton premier rapport à la photo? Emilie Muller – Il y a 21 ans,  je mettais en scène un groupe de barbies sur leur chevaux (saluant la camera), dénué de tout rapport d’échelle, dans un champ proche de ma maison. Quand j’y repense, j’ai de la peine à réaliser que je n’ai jamais cessé de produire depuis ce jour, poursuivant mon intention de rendre les choses plus belles, à mon goût.

Tu as suivi les cours de la prestigieuse école d’art ECAL, à l’époque de son légendaire directeur Pierre Keller. Ta vision de la photographie a-t-elle été affectée par cette expérience? Je dirais plutôt que dans un premier temps l’ECAL m’a permis de trouver mon moyen d’expression. En réalité, en rentrant dans cette école je ne savais pas vraiment ce que j’allais choisir comme section. La preuve en est: je m’étais inscrite en design industriel. Du reste, Pierre Keller m’avait très rapidement fait comprendre que c’était une très mauvaise idée lors de notre premier entretien. J’avais une vision très floue de la direction que prendrait ma carrière.  L’école et en particulier le chef de section Pierre Fantys m’ont aidé à faire ce choix final (entre D.I., graphisme et finalement la photo). Aujourd’ hui je le remercie car je pense qu’il avait senti mieux que moi que ce medium ferait de moi une personne épanouie. Ce qui ne répond pas vraiment à ta question… L’ECAL n’a pas vraiment affecté ma vision de la photographie, elle m’a par contre appris à découvrir et pousser le meilleur que j’avais en moi.

Tu es sortie de l’ECAL, où tu as également réussi ton bachelor, avec la note maximale. Comment as-tu fait pour réussir un tel exploit ? Avoir la meilleure note n’aide pas. J’ai cru que dorénavant tout serait simple. (En plus ce n’est pas elle qui te donne un boulot… bien que j’ai été assistante de François Rappo en graphisme durant une année.) Le secret de toute réussite en photographie est de trouver un thème qui vous tient à coeur. Aussi simpliste que ça paraisse, il suffit d’être passionnée par son sujet de faire les choses avec conviction et avoir un regard personnel (ce que certains qualifient de regard d’auteur).

Tes photos ont souvent un côté nature morte, dans tes tons pastels, diaphanes. De qui ou de quoi t’es tu inspirée pour trouver ton propre style? La peinture. Pendant ma scolarité j’en faisais des reproductions ou des déclinaisons en photos. Elle reste en arrière-fond de ma pratique.

Qu’as-tu retenu de ton expérience londonienne ? C’est la meilleure des choses qui me soit arrivée. Avant cela je ne savais pas encore bien ce que je voulais faire dans ma branche. Reportage? Portrait? Mode? C’est à ce moment que je me suis trouvée. Toujours un peu par hasard. Grâce à cette expérience, j’ai tout de suite été en mesure de gagner ma vie avec  la photo et ce que j’aime faire.

Pour quelles marques, magazines ou agences rêverais-tu de travailler, indépendamment de celles avec qui tu travailles déjà? Je m’étais jamais pose cette question: Orla Kiely, Sister Jane, Whistels, Topshop, Urban Outfitters, River Island, Christopher Kane , qui sait? Mulberry, Chloé, Céline, Paul and Joe, Miu Miu. Jalouse, Another, Mirage, I love You magazine. Les agences qui retiennent mon attention sont Shotview ou encore Jed Root

Tu travailles beaucoup pour la mode… jamais eu envie de refaire un petit retour par le côté artistique en exposant tes oeuvres en galerie? J’ai dernièrement exposé à l’espace Arlaud un accrochage composé de mes images de mode associées à mes images de reportage et d’autres registres (tels nature morte ou portrait) donc je ne pense pas qu’il soit nécessaire de cliver les genres, au contraire.

Entre relooking et recherche de nouveaux visages, tu diversifies également tes activités. Comment te vois-tu évoluer? Pour moi tout ça fait partie intégrante de mon processus, de ma photographie. Par exemple, lorsque je repère Caroline Von Meissner Schurch (photo ci-dessous) dans une librairie je l’aborde car je pense que son attitude et son physique correspondent à ma vision. Ce n’est pas la démarche d’un agent même si je suis des plus heureuses qu’elle réussisse internationalement chez Silent Models et que mes images figurent dans son portfolio. Parallèlement stylisme et relooking sont intimement liés dans mon travail. Je ne recherche pas des vêtements photogéniques ou des looks extravagants, je cherche à définir un style, une attitude qui peut vivre en dehors de mes images et proposer cela à mes clientes. J’aimerais créer une boutique, un lieu, une vitrine avec cet univers. Une pièce avec des cadres sur une tapisserie, qui réunirait mon studio photo, mon petit shop ou je me débarrasse des choses que je ne mets plus (qu’elle puisse servir à d’autres comme je le fais quand j’ai le temps avec Seconde Peau, mon projet de vide dressing) J’ai également un projet de blog avec Mousse Jaquier (une autre ambassadrice Diesel) qui devrait voir le jour prochainement. Et dès que j’ai un peu de temps, rechercher un agent en Europe pour travailler plus internationalement (autant pour des particuliers que pour des marques comme je le fais déjà depuis août 2010).

Depuis 2010, tu es devenue ambassadrice pour la marque Diesel. En quoi consiste ton rôle? Diesel est une marque que j’adorais à la fin des années 90 et que j’avais un peu perdu de vue depuis…( à ce sujet, Amanda Buhler analyse tout de manière très pertinente ici). Depuis mars 2010 je peux choisir une multitude de pièces dans les collections qui deviennent de mieux en mieux à mon avis. Diesel va vers une simplification sophistiquée et je me réjouis déjà de recevoir mes pièces pour cet été. En plus d’être comblée de cadeaux vestimentaires, il est formidable d’être mise en réseau avec des filles qui font des stages chez Vogue à Paris et New york; d’autres qui ont leur propre entreprise de communication, leur galerie, des filles qui font de la musique ou encore des RP de différentes marques dans la mode. Je me sens très privilégiée de pouvoir vivre cette expérience. Et pour couronner le tout, lorsque nous nous retrouvons afin de choisir nos habits nous sommes heureuses de passer ce moment ensemble et Diesel sait faire de notre week-end un rêve qui passe beaucoup trop vite. J’ai été dernièrement mandatée pour faire un portrait de chacune des ambassadrices et me réjouis beaucoup de leur envoyer le résultat.

Si on t’offrait la chance de pouvoir tirer le portrait de n’importe qui dans le monde, qui choisirais-tu? Lindsay Lojan, Alexa Chung, Lindsey Wixson, Daphne Groeneveld, Abbey Lee Kershaw, Lara Stone, Anna Calvi, Florence Welsh. 

Un pertinent questionnaire selon JSBG:

  • Quel est votre plus grand vice? Le shopping à Londres.
  • Qu’est-ce qui vous fait peur? Devenir blasée.
  • Vivre au 21ème siècle: plus facile ou plus difficile qu’avant? Il y a toujours toujours des plus et des moins.
  • Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter? Facebook.
  • Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? Ils m’ont laissé la liberté de devenir qui je suis en me poussant à toujours aller de l’avant. Aussi et entre autres choses à devenir une personne sur qui on peut compter. 
  • Quelle serait la bande-son de votre vie? Sans hésiter, les alertes de mon iPhone ( sms, Whatsapp, Facebook, mail et téléphone).
  • À quel moment précis avez-vous pris conscience de votre succès? Je suis surprise lorsqu’on me demande une interview, une place de stage voir même une demande d’assistanat chez Emilie Muller Photography.
  • Où vous voyez-vous dans 10 ans? Dans la ligne directe et ascendante de ce que j’accomplis actuellement et avec une famille si j’ai cette chance.

Merci Emilie.     – Jorge S. B. Guerreiro 

Retrouvez Emilie Muller sur son site et sur Facebook.

Écrit par jsbg

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