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L’interview: Nathalie Colin, directrice de la création chez Swarovski

EXCLUSIVITÉ JSBG! Comme je vous l’annonçais il y a quelques jours ici, la marque autrichienne Swarovski a lancé aujourd’hui sa collection de montres pour homme.  Dans le cadre du salon international de l’horlogerie BaselWorld (en Suisse, bien sûr, where else?) ont donc été dévoilés deux modèles: la Piazza Grande, que je vous ai déjà présentée en avant première, et, comme le voulait la rumeur, un second modèle: l’Octea Abyssal, dont les photos illustrent cet article. Il est intéressant de noter que l’une et l’autre sont des déclinaisons des modèles pour femme déjà existants Piazza et Octea. À cette occasion, JSBG a eu le privilège de pouvoir interviewer en exclusivité Nathalie Colin, directrice de la création chez Swarovski, à qui l’on doit le virage glamour que la marque au cygne a entamé ses dernières années.

JSBG – Votre cursus est double: vous êtes à la fois formée en marketing (à l’ICN ) et en mode (FIT de New York). Comment cette double expérience vous aide-t’elle au quotidien? Nathalie Colin – En fait quand on est directrice artistique, il faut bien entendu faire de la création mais aussi garder à l’idée le client final. Avoir une base en marketing m’aide à comprendre les besoins des équipes de marketing et du client, ainsi qu’à structurer le processus de création, à faire en sorte de ne pas partir dans tous les sens.

Vous collaborez avec Swarovski depuis 1994 en tant que consultante, puis depuis 2006 comme directrice artistique. Comment jugez-vous l’évolution de la marque durant ces 18 ans? Le premier projet que j’avais fait pour Swarovski portait sur la couleur. Il y avait une grosse discussion là autour, parce qu’il y a 18 ans la couleur cristal était dominante dans toutes les collections et même dans la vente de pierres. Je recommandais déjà d’aller dans la couleur. Je prévoyais que ce secteur allait évoluer comme la lingerie, domaine dans lequel j’étais aussi consultante, qui du traditionnel blanc a soudain été envahie par la couleur. Je me suis battue pour ça, et je suis très contente aujourd’hui, parce que la couleur est désormais omniprésente dans nos collections. La marque aussi a pris un virage vers la modernité, très fashion, qui me plaît beaucoup.

Comment faites-vous pour garder intacte votre créativité? Qu’est-ce qui vous inspire? Je suis avant tout nourrie par mon équipe: être entouré de personnes qui ne sont pas des clones. J’ai construit autour de moi une équipe très éclectique, composée de gens qui viennent non seulement du monde entier – 20 nationalités – mais aussi d’autres univers. Certains n’avaient jamais dessiné de bijoux, venant de domaines très variés tels que les films d’animation. Ils apportent une fraîcheur, un autre regard sur les bijoux et notre métier. Je m’inspire aussi énormément de mes voyages. Quand j’arrive dans une nouvelle ville, je prends un bus au hasard et je me ballade comme ça jusqu’au terminus, je me laisse aller à sentir l’endroit, à la découverte de nouvelles émotions, nouvelles choses, d’images ou de personnes qui me touchent.

En 2009, Swarovski secouait le monde de l’horlogerie en lançant sa collection de montres femme, dont notamment la it-watch D Light, ici même à BaselWorld. Quatre ans plus tard, comment jugez-vous l’évolution de cette division? La montre s’est très très bien développée, puisque tous les objectifs qui avaient été fixés ont été atteints. L’année dernière (2011) nous avons connu une croissance de +25%, un résultat dont nous sommes très contents. L’idée, avec la ligne hommes, est d’accroître encore plus notre présence dans l’horlogerie. 

Avec ces bijoux, objets de décoration et montres dame, l’image que le public se fait de Swarovski est plutôt féminine. Or depuis 2011, vous avez décidé de vous attaquer à la gent masculine, avec des bijoux homme, des lunettes de soleil, et maintenant avec les montres. Comment réagissent les hommes à votre démarche? Il y a deux choses, ce qui se passe à l’intérieur de Swarovski et ce qui passe à l’extérieur. Quand je regarde à l’intérieur, il est vrai que nous avons une signature féminine très forte. Ce que nous avons essayé de faire, et j’espère qu’on a réussi, avec la ligne homme, c’est ne pas faire de l’entre deux, de vraiment mettre des codes “homme” très forts dans les bijoux et les montres, grâce par exemple à des matières que nous n’utilisons jamais pour les femmes telles que le carbone ou la céramique noire. Vu de l’extérieur, en dehors de Swarovski, le domaine de l’homme connaît une grande mutation. En comparant l’homme d’il y a 30 ans avec celui d’aujourd’hui les différences sont énormes: par exemple faire du shopping, qui était inconcevable pour mon père, alors que mes amis adorent partir en bande faire les magasins. Les hommes modernes un vrai intérêt pour les accessoires, pour la mode. Pour nous, cela justifie complètement notre investissement dans les accessoires pour l’homme. 

Quel type d’hommes visez-vous avec votre nouvelle collection de montres? Nous ciblons une clientèle plutôt urbaine, très moderne dans son approche du produit, cherchant à la fois la qualité mais avec un “twist”, un petit quelque chose, un détail qui va rendre l’objet unique. Ce ne sera pas l’accessoire ou la montre bling bling, mais il doit y avoir quelque chose d’inattendu (matière, détail, technique, couleur). 

Bien que vos bureaux de création se trouvent à Paris, Swarovski est une marque autrichienne. Comptez-vous faire bénéficier vos montres du label “Swiss Made”? Une marque internationale se doit d’intégrer cette dimension dans tout son processus de création. Tout à l’heure je vous parlais de l’équipe de création et de ses 20 nationalités, ce qui pour moi répond au même besoin. Nous nous adressons à une clientèle représentant le monde entier, nous devons avoir ses différentes sensibilités en nous. Nos origines autrichiennes font partie de l’ADN de notre marque, parallèlement aujourd’hui dans l’horlogerie on ne trouve pas mieux que le Swiss Made en termes de mouvement. Paris restant une place forte du design et de la mode, il était intéressant pour moi de mêler tout ça. 

      

Un pertinent questionnaire selon JSBG:

  • Quel est votre plus grand vice? La gourmandise.
  • Qu’est-ce qui vous fait peur? La violence, aussi bien physique et morale.
  • Vivre au 21ème siècle: plus facile ou plus difficile qu’avant? J’ai eu la chance de vivre un petit peu pendant les deux. On a tendance à trouver que l’herbe est toujours plus verte ailleurs, mais je ne le pense pas, je suis toujours très optimiste, hédoniste. Même si vous me proposez le 22ème siècle, je signe aussi!
  • Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter? Facebook, parce que Twitter, c’est un peu “Je sors du pipi-room au défilé Chanel”, ça ne m’intéresse pas (rires).
  • Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? Une ouverture d’esprit. J’ai été élevée dans une famille très ouverte aux différences de culture, de points de vue, on débattait beaucoup.
  • Quelle serait la bande-son de votre vie? David Bowie! Tout Bowie! Je suis tellement fan qu’il m’est arrivé lors d’un vol Paris – New York de n’écouter qu’un seul morceau en boucle pendant toute la durée du vol. Sinon j’écoute plutôt du rock, comme les Doors,The Kills, The Do… Récemment je suis tombée totalement amoureuse d’un chanteur qui s’appelle Rover. Par contre pas du tout jazzy
  • À quel moment précis avez-vous pris conscience de votre succès? Je pense ne pas encore l’avoir atteint, je m’amuse. À partir du moment où l’on en prend conscience, c’est comme si on avait déjà atteint quelque chose. Moi j’aime les routes ouvertes.  
Merci Nathalie.     – Jorge S. B. Guerreiro 

Écrit par jsbg

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