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Leïla en vert et contre tout: Noerd, l’usine des sacs Freitag

Parfois, il m’est ardu de faire la différence entre mon patriotisme passionné et  ma récente prise de conscience verte. Consommer local est devenu une religion et mon panier de course ressemble à s’y méprendre à la prairie du Grütli un 1er août, verdoyant et moucheté de petits drapeaux suisses. Evidemment, l’ananas broyard ou le poulpe lémanique n’étant pas encore légion, je fais quelques exceptions destinées à satisfaire mes papilles. N’allez pas croire que je sois devenue extrémiste! Toutefois cette semaine, c’est les yeux larmoyants de fierté rouge et blanche que je vous présente la firme Freitag.  Allégorie du GSM, le Green Swiss Minding, son succès mérité dépasse nos frontières depuis longtemps. Jorge, mon illustre supérieur s’étant déjà plusieurs fois étendu sur le design « particulier » des produits sur ce même canal, c’est sur le modus operandi de l’entreprise zurichoise que se portera mon exposé. Freitag, vous connaissez sûrement. Ce sont principalement des sacs faits à partir de vieilles bâches de camion et d’idées novatrices que les bobos (souvent des graphistes germanophones circulant à vélo) déposent négligemment sur leurs épaules depuis 1993.

Il y a un peu moins de 20 ans, les quartiers de la marque n’occupaient que 80m2. Depuis, l’entreprise à plutôt bien prospéré et, après une phase transitoire dans un quartier post-industriel de Zürich entre 2003 et 2011, la voilà installée sur 7’500m2 toujours aux abords de la plus grande ville de Suisse. 7’500m2 c’est grand. Mais lorsqu’on sait que Freitag a sorti 300’000 pièces de ses ateliers en 2011 et emploie 115 âmes sur le site, on comprend mieux ses envies de grandeur. Sans vouloir (trop) étaler ma vie privée ici même, j’ai travaillé quelques temps pour un bureau d’ingénieurs conseils prestigieux qui a fait du développement durable un leitmotiv. Ainsi, mon œil averti a tout de suite été attiré par les qualités du bâtiment spécialement construit pour abriter la marque. Même si travailler dans une vieille usine est plutôt tendance, le bilan thermique des anciennes bâtisses est souvent catastrophique. En érigeant ses propres murs, Freitag a pensé au futur : collecte et recyclage d’eau de pluie comprenant une citerne de 350’000l au sous sol (photo ci-dessous),  récupération de la chaleur qui est issue à 50% du traitement des déchets, tout à été pensé et étudié pour minimiser l’impact sur l’environnement et maximiser les économies. Bon point pour la marque, elle travaille par cycle, sans capital-risque, restant fidèle à ses valeurs initiales et à son modèle patriarcal.  Bien que cela implique des coûts supplémentaires, les frères fondateurs, Markus et Daniel Freitag, s’évertuent à garder toutes les opérations de production dans leurs murs. Lavage, découpe, stockage et conditionnement se font au sein de la maison mère. Un truc de famille quoi! Qui plus est, incarnation de l’entreprise moderne au paroxysme de l’étique, chaque employé et aussi choyé que la besace qu’il produit.  Elle n’est pas belle la vie ?

Oui, tout serait parfait si cette belle pensée n’était pas victime de son succès. En relisant la liste des opérations réalisées à Zurich, vous noterez qu’il manque une étape essentielle dans le processus. Malgré ses efforts pour garder le maximum d’opérations sur territoire helvétique, les tâches de couture sont, en grande partie, confiée à la République tchèque, au Portugal, à la Tunisie ou à la France. Aujourd’hui, le poids des bâches traitées se chiffre à 390 tonnes, ce qui équivaut à une file de camion longue de 98km. Bien que la Suisse jouisse d’une économie florissante, son parc poids lourds ne se renouvelle pas assez vite pour subvenir à l’appétit grandissant de la manufacture. Ainsi, c’est malheureusement toujours plus loin que la prospection de matière première s’effectue. Ce à quoi viennent s’ajouter les aléas de la conjoncture. Victime de la faiblesse de l’Euro, c’est vers les marchés Asiatiques, déjà très friands du label noir, que se tournent les espoirs. Espérons que les principes de l’économie mauve éclaireront les desseins expansionnistes de Freitag, qui reste envers et contre tout, un bel exemple de réussite.                      –  Leïla Rölli 

Écrit par Leïla

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