in

Keith Haring au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Vent de vernissages sur Paris : après Ron Mueck à la Fondation Cartier, voici Keith Haring au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Couleurs criardes, figures schématiques, culture de la rue, superficialité de l’image, la « New Image » (soit le retour à la figuration dans la peinture américaine des années 1980, et à laquelle font pendant en Europe les néo-fauves berlinois, la Transavantgarde italienne ou la Figuration libre en France notamment) rejoint une certaine sensibilité Pop. C’est en particulier dans l’East Village, à New York, que se développera un des foyers majeurs de cette culture « underground », avec Jean-Michel Basquiat comme figure de proue (qui commencera à travailler avec Warhol à partir de 1984).

Haring est un artiste de la rue : il intervient d’abord dans le métro de New York avec ses « subway drawings »  puis sur les murs laissés en friche des grandes villes, New York mais aussi Sydney, Rio, Amsterdam, Pise, Paris (Hôpital Necker) ou Berlin (sur le Mur). Pour un art accessible à tous, comme il l’ambitionnait, Keith Haring choisit un langage mais également des supports simples : des matériaux industriels ordinaires, pas chers, comme des bâches en vinyle, des bâches de camion, des toiles goudronnées.

La réponse à la question « Violence, sexe et argent sont des motifs dominant dans votre œuvre. Cela signifie-t-il que vous êtes critique vis-à-vis de l’Amérique d’aujourd’hui ? », lors d’une interview de 1985, permet de nous immerger dans le monde de l’artiste : « J’ai grandi dans les années 1960, en regardant les gens tenter de s’opposer à la guerre du Vietnam qui me paraissait évidemment une erreur étant enfant. Cela me paraissait ridicule de se battre quand vous ne savez pas pourquoi vous vous battez…et grandir en voyant des émeutes raciales à la télévision, J.F. Kennedy recevant une balle en direct ou la mort de Jimmy Hendrix, en voyant des gens se faire assassiner simplement pour ce en quoi ils croient…toutes ces choses ont eu un grand impact sur moi en grandissant. Toutes ces idées politiques me collent à la peau. »

[youtube_sc url=”http://www.youtube.com/watch?v=TKGNGxPGxGs”]

C’est justement cette ligne politique qu’ont choisie les commissaires de « Keith Haring. The Political Line » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris : vous parcourrez les salles au rythme des prises de position critiques de cet artiste subversif et militant, luttant contre le racisme, le capitalisme, et toutes sortes d’injustice et de violence, notamment l’Apartheid en Afrique du Sud, la menace de guerre atomique, la destruction de l’environnement, l’homophobie et l’épidémie du sida (dont il meurt en 1990).

Bon, ceci dit, loin de moi l’idée de jouer les moralisatrices : nous sortons toujours le plaisir aux lèvres d’une exposition comme celle de Roy Liechtenstein à Londres qui sent bon le vintage ou de Keith Haring et ses figures graphiques et symboliques, mais au final, nous pouvons très bien en sortir peut-être un peu plus conscients du monde dans lequel nous vivons et des défis de notre société tout en ayant l’envie de croquer la vie à pleines dents ! C’est ce que j’appellerais de la Pop Therapy !

PS : Et pour prolonger la visite par une réflexion sur l’art urbain aujourd’hui, faites un tour du côté de EX SITU, un programme de médiation, de résidences et d’installations éphémères autour du Street Art, proposé par le Studio 13/16 et le Centre Pompidou, avec les artistes RERO, YZ, LUDO, JONONE, OX, VHILS et Mark Jenkins – du 13 avril 2013 au 16 juin 2013.

– Carole Haensler Huguet

INFOS PRATIQUES :

KEITH HARING. The Political Line

19 avril – 18 août 2013

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris 

11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris

Commissaires: Dieter Buchhart et Odile Burluraux

Écrit par Carole

Leïla en vert et contre tout: Fuck For Forest!

Hollywood: les faux départs de Gosling et DiCaprio et autres rumeurs