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Les Monologues de l’escarpin: mocassin Milla beige (Isabel Marant)

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Sans prétention aucune, j’ai parfois l’impression d’être le messie.

Oui, Le Messie. Une variante 21ème siècle du bonhomme, qui plus est, dans sa version la plus féminine. Attendue avec toute l’impatience et l’excitation qui caractérisent la venue d’une figure extra-ordinaire, je porte sur mes larges épaules retroussées-troutroutées le poids d’une réponse à toutes les femmes en quête de « coolitude » branchée, de style emprunt de liberté. Une vision de la mode consciencieusement calculée, sans règle apparente ni victime apparentée.

Bien avant notre actuelle saison estivale 2014, voilà que ma cour de belles marrantes se tortillait, murmurait, s’impatientait, en attendant le coup de coeur fatal, l’originalité qui les rendrait chacal. Elles réclamaient ma touche fraîche et impertinente, espéraient le petit zeste ethno. Puis, levant enfin le voile sur ma nouvelle allure, c’est en costume cravate-noeud pap’ que je suis apparue, incroyablement à l’aise, merveilleusement détendue. Ma tenue, prenant le risque de sombrer soit dans une caricature premier degré, soit dans un comique mal assumé, a au contraire su apporter  surprise rafraîchissante et plaisir malin parmi mes fidèles.

À ma façon, c’est la foi en notre monde mouvant et immanquablement superficiel que je répands. En toute bonne conscience, puisque saison après saison, tel un mirage inespéré, je vous fais croire à l’essentialité de ma personne.

J’ai parfois l’impression d’être le messie…

– Aude Girod

Écrit par Aude

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