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L’appareil comme mémoire: Nobuyoshi Araki au Musée des arts asiatiques – Guimet de Paris

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Artiste prolifique, avant-gardiste et provocateur, Nobuyoshi Araki (1944) est une figure majeure de la photographie contemporaine. Alors qu’on pouvait l’attendre à la Fondation Cartier (1995) puis au Palais de Tokyo (2005), il est plus étonnant de le retrouver à Paris au cœur du Musée des arts asiatiques – Guimet (http://www.guimet.fr) où une rétrospective lui est actuellement consacrée. Peut-être parce qu’on retient plus facilement de lui son anticonformisme et son travail sur le Kinbaku, le bondage en japonais, que l’ancrage profond de son expression artistique dans les traditions nippones.

Des premiers clichés de 1965 jusqu’aux derniers travaux de 2016, l’exposition parisienne présente Araki en plus de 400 images. Un tour de force pour un artiste aussi prolifique. En 2006, la Barbican Art Gallery de Londres avait fait le choix d’en révéler plus de 4000! Expérimentant toutes les techniques photographiques et en inventant de nouveaux procédés, en proposant le meilleur comme le banal, l’artiste japonais fait de la photographie un véritable journal intime, une compagne de vie. Des millions d’images et 450 ouvrages publiés, la prolixité d’Araki est vertigineuse. A travers une sélection ambitieuse mais raisonnée de ses travaux, le Musée Guimet permet d’envisager l’œuvre du photographe comme un tout. Car si Araki vit la photographie comme une pulsion, au même titre que le sexe ou la mort, il lui confère également toute la poésie et l’identité de ses racines japonaises. Le commissaire de l’exposition, Jérôme Ghesquière, responsable des collections photographiques du Musée Guimet, a créé un dialogue entre des clichés du XIXe siècle et ceux d’Araki. Les fleurs, les femmes, le Kinbaku, des thèmes ancestraux dans lesquelles le photographe trouve sa force de création.

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Obsession, frénésie, accumulation, expérimentation, fiction ou réalité, l’œuvre gargantuesque d’Araki est une mosaïque où se mêle la vie, la mort, la beauté et l’amour, à l’instar des deux séries les plus touchantes “Sentimental journey” et “Winter journey“. La première illustre le voyage de noce de l’artiste, la seconde témoigne des derniers jours de son épouse Yoko. Noir et blanc nostalgique pour la première, couleurs éclatantes pour la seconde. Et c’est ainsi – à l’image des corps encordés des femmes qu’il photographie -, que Nobuyoshi Araki ficelle le réel pour en prendre possession. L’appareil comme mémoire…

– Virginie Galbarini

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Informations pratiques:

Araki

du 13 avril au 5 septembre 2016

Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6, place d’Iéna, 75116 Paris, France

www.guimet.fr

 

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Photos: 

1) Voyage à Tokyo (Tokyo Story), 1989, épreuve argentique noir et blanc. H. 50 cm ; L. 60 cm. © Nobuyoshi Araki / Courtesy Kamel Mennour, Paris.Shijyo Tokyo (Tokyo, sentiment poétique), 1996, impression directe RP ultérieure. H. 40 cm ; L. 60 cm. © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery, Tokyo.
2) Kinbaku (Bondage), 1979, impression ultérieure, épreuve gélatino-argentique. H. 42,7 cm ; L. 53,2 cm. © Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii Gallery, Tokyo
3) Shijyo Tokyo (Tokyo, sentiment poétique), 1996, impression directe RP ultérieure. H. 40 cm ; L. 60 cm. © Nobuyoshi Araki / Courtesy Taka Ishii Gallery, Tokyo.

Écrit par Virginie

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