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Paléo sous le charme de Phanee de Pool. Interview!

©Anne Colliard

L’artiste suisse Phanee de Pool n’en revient toujours pas : son concert à Paléo est le plus incroyable jamais vécu à ses yeux ! Entre une performance où tout roulait à merveille au niveau tech, avec un public à l’écoute et déchaîné, la musicienne s’est sentie…pousser des ailes. 

Il y a de ces artistes qui frappent, claquent, marquent, touchent, émeuvent, désarment, séduisent. La charismatique Fanny Diercksen, alias Phanee de Pool, en fait partie. Et pourtant, cette auteur-compositrice-interprète n’aurait jamais imaginé un tel succès à son jeune âge. Il faut dire que du haut de ses trente ans, la Jurassienne bernoise a déjà eu plusieurs carrières. Clown, policière, musicienne ! 

Oui, bon, on explique : en 2009 Papa Pool est homme de radio lorsqu’il décide de réhabiliter l’œuvre du clown bernois Grock. Il en écrit sa biographie et crée un spectacle aux multiples disciplines. Alors, telle une logique implacable, Fanny est de la partie. Elle endosse le costume d’une mini-Grock. Sa première carrière débute à 10 ans au cirque et au music-hall. Maman Pool est très présente aussi ; pianiste-concertiste, elle apprend à sa fille unique la musique. La scène semble alors être le lieu de prédilection de bébé Pool. 

Puis Fanny grandit, mûrit, s’épanouit dans un univers bien à elle, farfelu et acidulé, où son imaginaire est un plaisant compagnon de route et où la scène et la musique sont les maîtres mots de sa vie. Le chemin des études, non merci ! Mais les responsabilités d’adultes frappent à la porte, et l’artiste doit se résigner à travailler. « Il fallait bien payer les factures », avoue-t-elle, presque dépitée. Tête baissée, sourire effacé, elle se met en quête d’un métier, froide et cruelle réalité dans son cœur d’enfant rêveur. 

Après un an d’animation radio-tv, elle postule à la Police cantonale bernoise. La voilà devenue agent Diercksen en deux-trois mouvements. Surprise, elle y prend goût : « C’était un métier très intéressant, varié, et qui m’a permis de découvrir beaucoup de choses sur la nature humaine que je n’imaginais même pas, une véritable école de vie ». Mais voilà, après sept ans Fanny s’ennuie. Parfois elle a peur. Souvent le malheur des autres la touche de plein fouet. Accidents mortels, suicides, agressions… Un lot quotidien qui trouble sa vision positive de la vie. C’est au déjeuner du 1er jour de l’an qu’elle confesse à ses collègues : « En guise de bonne résolution, je vous jure qu’à la fin de cette année, je vous quitte ». La musique va bientôt la rappeler à l’ordre, Fanny quittera la Police en décembre 2017.

Musique un jour, musique toujours

Peu avant, en septembre 2016, Fanny s’était remise à bricoler dans sa cuisine, avec des instruments de fortune : looper, micro, guitare, ordinateur entre ses fouets et casseroles. « Je composais, j’écrivais tout ce qui me passait par la tête. Ça coulait sur le papier à une vitesse phénoménale ». Elle poste son premier rejeton «Luis Mariano» sur le site mx3 et au dodo. BIM, le lendemain à 8h du matin, plus de 1000 vues. Effroi, joie, surprise, étonnement, bonheur….que dire ? Fanny n’en revient pas. Et si la musique était bien sa voie ? 

Elle crée alors son propre style, le slap. À mi-chemin entre le slam et le rap, sa musique tend à être de la chanson française. Mais Phanee de Pool décide de pousser plus loin encore son art musical et scénique ; la comédie y aura sa place assurée ! En très peu de temps, la talentueuse artiste sera repérée et demandée de partout. Son premier album Hologramme sort en septembre 2017, atteint la 13ème place des ventes en Suisse romande. Phanee démarre alors un marathon de concerts dans toute la Suisse, en Francophonie comme en Chine et en Corée du Sud. Son talent est aussitôt salué par les pros de la scène internationale, Swiss Music Awards et Académie Charles Cros entre autres. 

Paléo, la claque de la consécration

Enfin, la voici sur la plaine de l’Asse, au Paléo Festival. Une première pour elle. Ce festival si grand, si réputé, si rêvé des artistes suisses (et d’ailleurs) ! Fanny s’en réjouit. Le stress ? Un peu, il faut dire que la scène du chapiteau est immense, il va falloir la remplir. Mais elle a confiance, sa place est ici. 

La surprise ne s’est pas fait attendre. Les gens se bousculaient, ne pouvant plus entrer sous un chapiteau blindé de monde. Et quel monde ! Le public connaissait les paroles de la belle par cœur. Sourire magnétique, Phanee de Pool est scotchée par l’énergie de ce public. C’est un moment incroyable qu’elle vient de vivre : « Je n’en reviens pas, je n’arrive pas à mettre de mots sur ce que je viens de vivre. Mais de loin, c’est la plus grande claque que j’ai prise ! », exprime-t-elle, ravie. 

Nous la rencontrons quelques instants après le concert, Fanny se  dévoile.

©Escales A

Alors ce concert à Paléo, c’était comment ?

C’était fou ! Incroyable ! C’était une première ici pour moi. Le seul point frustrant, c’est que j’aime la proximité avec le public, et là,  il y a un espace entre la scène, les grilles de sécurité, et le public. Il me semble trop loin. C’est d’ailleurs pour cela que j’aime les petites salles, j’ai pas besoin d’être portée par les sécu pour prendre mon bain de foule. (Rire)

Comment as-tu appréhendé ce concert à Paléo ?

Avec beaucoup de craintes. D’abord, je suis venue la fleur au fusil, en me disant « c’est un concert comme un autre, juste dans un lieu différent ». Mais avec toutes les interviews où tout le monde me disait « Oh Paléo », « Mais Paléo », « Alors, Paléo » Paléo, Paléo, PALEO… et à force, ça m’a fait gonfler le trouille-o-mètre. Et je me suis retrouvée à me réveiller au milieu de la nuit, en sueur, à vouloir vomir à force de faire des cauchemars. Mais tout s’est bien passé, c’était du pur bonheur !

Émotions intenses alors ?

Ce soir, c’est la première fois que je me suis pris un tel truc dans la gueule. Violent. Une puissante énergie que je n’ai jamais vécue, une émotion que je ne connaissais pas. J’ai pas vraiment compris ce qui m’arrivait. C’est comme si ce concert à Paléo est une capsule-temps, je vais pouvoir le décoller de ma vie, le tourner et retourner dans tous les sens, le toucher, le retoucher…WOUA !

Et quand le public s’est mis à chanter tes paroles, tu t’es dit quoi ?

PUTAIN ! Et je crois que ça devait se lire sur mes lèvres. Ma mère m’a d’ailleurs dit que j’avais trop utilisé ce mot…pas très gracieux. (Rire). Mais voilà, j’ai créé un truc dans ma cuisine, homemade, avec du matos ultra basique, sans penser un instant à l’aspect commercial (si ça va marcher ou non), et deux ans plus tard, t’es sur une scène avec 3’000 personnes qui chantent tes chansons…c’est dingue !

Tu as quitté un métier d’agent de police pour te consacrer à la musique. Tu n’as pas eu peur ?

Si, bien évidement. Je suis partie d’un métier stable avec un très bon salaire pour une vie de saltimbanque sans le sous. Mais j’en avais l’envie et le besoin. Puis toute une structure sécurisante s’est mise en place autour de moi. Mon père a créé un label, il est mon manager et producteur. Et ma mère est ma coach musicale. C’est super de les avoir autour de moi non seulement pour me soutenir mais aussi pour participer à l’épanouissement de ce projet. 

Et travailler en famille, c’est comment ?

On a de la chance avec mon père car on a réussi à séparer les deux. On mêle le travail à la famille, mais pas la famille au travail. On a bien cadré les choses, c’est que du bonheur. Et si parfois c’est tendu, il y a toujours ma mère pour faire la médiatrice. C’est superbe pour moi de bosser en famille.

Comment te décrirais-tu en tant que musicienne ?

Alors je dirais que je suis une chanteuse à texte et non pas une chanteuse à voix. Je me cache derrière beaucoup de mots, pour avoir moins de mélodies et donc moins de chant. C’est ma façon de me protéger en quelques sortes. 

Et l’inspiration, elle vient d’où ?

Alors de ce que je vis, ce que je vois dans mon quotidien. Pour mon premier album Hologramme, beaucoup m’est venu des rencontres et de ce que j’ai vécu quand j’étais flic, typiquement la chanson éponyme, ou « Hologramme » qui évoque la schizophrénie que vivait un prévenu. Dès que j’ai une phrase qui arrive en tête, je l’écris, qu’importe le lieu où l’instant. L’inspiration, elle vient à tout moment, de partout.

Si tu dois citer le meilleur moment que tu as vécu sur scène, lequel serait-ce ? 

Celui de ce soir, pour sûr ! J’ai été une toute petite chose face à ce qui est arrivé, c’était dingue.

Le pire moment ?

Un concert récemment dans mon village d’origine pour la fête de la musique, il y a eu un orage monstrueux et on a dû arrêter le show. Sinon, il y a toujours les blancs, quand tu as l’ordi qui lâche, ou le matos qui ne marche pas, ça c’est horrible !

En 3 mots, comment décrirais-tu ta musique ?

Candide (pour l’instru), passionnée (pour les textes) et farfelue.

Même exercice, 3 mots pour te décrire toi…

Passionnée, angoissée, hyper reconnaissante.

Merci Phanee !

– Isabelle Guignet

©LnPixElle Photography A ©LnPixElle Photography B

Crédits:

Photo 1 © Anne Colliard

Photo 2 © Escales

Photo 3 et 4 © LnPixElle Photography

Écrit par Isabelle Guignet

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